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De la perspective en peinture: analogies avec l’IA?

Quelques réflexions brouillonnes et personnelles sur l’intelligence artificielle (IA) en tant qu’outil artistique.

Cela fait maintenant quelques années que je m’intéresse à l’IA, en premier lieu en tant que mathématicienne, puis ensuite en tant qu’artiste et commissaire. Ces activités m’ont amenées à participer au MUTEK AI Art Lab au début de mars 2020.

Le point de vue que je souhaite aborder dans cet essai est une tentative, possiblement maladroite, de relier l’IA avec les avancées techniques en peinture effectuées lors de la Renaissance - et de replacer l’outil en tant que possibilité technologique, et non pas simplement comme accélérateur. Je m’explique.

Dans Mathematics for the nonmathematician, Kline pose le portrait suivant de la Renaissance (chapitre 10):

    That the painters turned to mathematics to formulate their new style of painting is a little surprising, but the phenomenon has an explanation.

Ce chapitre sur la peinture durant la Renaissance peut se lire strictement comme le développement de nouveaux outils pour la peinture… ou comme une lettre d’importance adressée aux mathématiques et aux arts en général.

Selon Kline, c’est l’intérêt pour la nature et la science, et la représentation réaliste du monde dans lequel nous vivons qui a poussé les peintres à développer les techniques de perspective que nous connaissons. Le peintre de l’époque se devait d’être mathématicien pour pouvoir les utiliser.

Kline mentionne la pensée de Leonardo da Vinci au sujet de la peinture, qu’il voit comme une science “parce qu’elle a comme sujet la géométrie des surfaces”. Plus loin, Kline parle de façon générale du peintre de la Renaissance, qui se voit comme et qui est scientifique non pas uniquement par la force et le contenu technique de ses outils, “mais parce qu’il est inspiré par le but ultime de la science, celui de comprendre la nature”.

C’est avec ces pensées en tête que je souhaite aborder le sujet de l’intelligence artificielle et de l’art.

Je pense que l’IA (le concept original, pas nécessairement l’IA tel qu’il est en ce moment) est plus qu’un outil - c’est une perspective, une vision sur le monde et la technologie, et la nature - humaine, certes, mais pas que.

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’atteindre l’IAG (intelligence artificielle générale) pour démontrer que l’IA est plus qu’un outil: je pense même que d’une certaine façon, l’IA nous pousse plus que tout autre concept à se poser la question de la place de la technologie dans nos vies et nos sociétés humaines, et que pousser cette question est déjà quelque chose en soit.

Et c’est là que je pense que l’art peut nous être le plus utile: pour pousser la réflexion plus loin. Pour nous pousser à ouvrir les boîtes fermées des algorithmes et à comprendre l’impact du choix des jeux de données. Pour déjouer les statistiques.

Est-ce le rôle de l’artiste ? Peut-être pas - mais c’est manquer toute une occasion de participer à l’imaginaire collectif de nos futurs communs.

Références

PS

Cette réflexion a été semée par une question d’apparence anodine mais qui m’a envahie récemment, énoncée par une personne lors du AI Art Lab - j’ai oublié l’énoncé exact, je ne le reproduirai pas ici, mais il a donné lieu à une bonne discussion sur la place des outils dans le processus artistique.